(église de Ribeauvillé)
Je ne me sens nullement infirme quand je me promène avec mes enfants dans la rue. Certes, je suis un peu lent, facilement sujet à la fatigue, mais, à leurs yeux, je n'apparais pas comme "le
handicapé", je suis simplement "papa".
...
La société considère souvent ce qu'elle peut apporter aux "plus fragiles". Cependant, si elle lui prêtait davantage l'oreille, elle pourrait en tirer mille enseignements. D'abord, l'extrême
nécessité de la solidarité, qui n'est pas seulement une valeur éthique mais un instrument de joie. Nous sommes des animaux sociaux, nous pouvons compter sur nos semblables pour exister et pour
nous créer dans la joie. Tous les jours, je fais l'expérience de l'aide qui, loin de m'aliéner, me grandit. L'autre m'est nécessaire pour m'épanouir, pour
être. A l'heure où l'on glorifie sans vergogne le self-made man, celui qui a plus manifestement besoin de soutien vient nous rappeler ce qui nous constitue : la relation, l'ouverture et la
disponibilité.
...
Etre handicapé, c'est aussi et surtout faire l'expérience du don, de l'échange. Il n'y a pas d'un côté celui qui reçoit et de l'autre celui qui donne. Précisément, la richesse de la société,
c'est cette communion de la faiblesse. Et pour qui convertit son regard, celle-ci n'est pas toujours où nous la croyons. En ce sens, les médias peuvent permettre ce changement de regard, tenter
de congédier la pitié et la commisération pour inviter au respect, à l'audace de la rencontre authentique.
Alexandre Jollien
article Conversion du regard (La Vie)
Seigneur, donne moi Ta divine douceur,
Toi qui voulus être un petit enfant enveloppé de langes,
un adolescent soumis à Marie et Joseph,
un Messie jamais conquérant,
un Ressuscité dans le secret.
Seigneur, donne moi Ta divine douceur
Toi qui as dit : "Bienheureux les doux, ils possèderont la terre."
Donne-moi de saisir chaque chose avec douceur :
le téléphone et la valise,
la plume et le balai,
la fourchette et le plat,
et surtout la main qui se tend vers moi.
Seigneur, donne moi Ta divine douceur,
Toi qui as dit :"Apprenez de moi que je suis doux et humble de coeur."
Donne-moi d'accueillir toute chose avec douceur :
le bon et le mauvais,
la joie et la peine,
l'encouragement et la critique,
l'instant tel qu'il est
et surtout l'autre tel qu'il se présente.
Vierge pleine de grâce, Vierge du sourire,
restaure en moi la divine douceur,
apprends-moi à guérir ceux que j'ai blessés,
que ta tendresse fasse surgir sur mes lèvres
les paroles d'amour qui rétablissent la paix.
Soeur Emmanuelle
Confessions d'une religieuse
9
Dimanche 27 septembre 2009
(tableau de Gari)
La Terre subit aujourd'hui des transformations colossales. Les Terriens visitent d'autres planètes, mais le même grondement contre l'iniquité doit de plus en plus secouer notre globe où
l'inégalité entre les hommes prend des proportions de plus en plus monstrueuses et révoltantes, où une minorité d'individus repus jouissent de dix à cent fois plus qu'une majorité de misérables
affamés.
Cette violence qui déborde ainsi de moi me semble l'écho d'autres, voix, celles des prophètes bibliques qui gueulaient déjà contre ceux qui écrasent la veuve et l'orphelin et vendent le juste
"pour une paire de pantoufles" .
...
Ce n'est pas facile d'être homme, ni frère d'un autre homme ! La virulence des apostrophes des prophètes et du Christ n'a d'autre but que de nous extraire de
notre indifférence, de nous pousser vers le chemin d'éternité qui n'est autre qu'un chemin de justice.
...
Yalla, en avant, luttons tous contre nos terrifiants égoïsmes :
ils sont, eux, semences de mort.
Lançons nous dans le partage : il est, lui, semence de vie,
car il inaugure l'authentique fraternité.
Il faut nous aimer, mes frères,
il faut nous aimer vivants !
Soeur Emmanuelle
(confessions d'une religieuse)
.......................
Je n'ai d'autre souci que moi aussi, me secouer pour décrotter mon égoïsme.
Et si j'ai gagné un jour ce tableau de Gari, c'est pour me remuer, nous remuer, pour vivre au mieux et chaque instant notre fraternité.
......
15
Lundi 21 septembre 2009
... tant de choses nous entourent d'habitude, amortissant, si l'on peut dire, la vie brute, directe.
Ce sont bien sûr les, les objets, de plus en plus, mangeurs de temps, amis du bavardage et du temps passé trop vite, tout ce que nous devons mettre de côté maintenant. Mais surtout : tout
comme les murs de notre maison nous protègent du chaud et du froid, nous avons érigé des barrières mentales pour nous protéger de nos peurs, de nos souvenirs, des autres : elles ne sont en fait,
et nous le savons, que protections illusoires, tant de fois démolies, tant de fois reconstruites....
Comme des maisons sans fenêtres, elles empêchent l'air, le soleil, la vie même de nous caresser, de nous réchauffer, de nous atteindre. Pourtant lorsqu'au fil des heures, ces murs intérieurs
s"érodent, laissant entrer en nous chaleur et joie, lorsque, de n'être plus enfermé, notre espace intérieur devient de plus en vaste, la respiration de tout notre être s'amplifie, nous ouvrant au
mystère de la profondeur de l'être.
....
Seul en soi-même, et pourtant empli de tous les autres à travers l'amour : solitude pleine, plénitude - au bout du chemin.
Joshin Luce Bachoux
extrait de l'article solitude pleine (la Vie - 10/09/09)
19
Jeudi 17 septembre 2009