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Pour moi 1968, ce fut l'année, la grande année, celle où le monde pouvait devenir meilleur.
1968, j'avais 14 ans, scolarisée chez les soeurs en deuxième année de sténo dactylo, fille d'ouvrier balancier, soeur d'Huguette, 11 ans et de Christian, 7 ans.
J'allais à pied chaque jour (20 mn) de mon HLM banane jusqu'au blockhaus des soeurs de la Providence, et dans ma tête je vivais fort tout ça.
Chez nous, papa faisait grève et on mangeait tous les jours des pommes de terre ou des pâtes, il n'y avait pas d'argent pour plus, mais moi à 14 ans, des pommes de terre c'était bon. Papa était
fier d'aller à l'usine et de la garder intacte pour le jour de la réouverture. Les ouvriers étaient fiers et en famille, nous avions défilé dans les rues de Metz, un défilé festif joyeux chantant
, c'était un beau printemps.
Un jour, nous sommes partis ensemble visiter son usine, LA SOLLAC, c'était quelque chose, et il nous emmenait là et puis plus loin, car cette usine était vaste... heureux qu'il était de nous la
montrer cette usine en grève, appartenant entièrement aux ouvriers.
A la maison, ça parlait fort politique, et je croyais fort à un monde plus juste, plus ouvert, un monde où chacun pouvait vivre dignement. Les riches à cette époque, c'étaient tous ceux qui
n'étaient pas ouvriers ou petits paysans ou employés.
C'est sûr à la Providence, nous ne faisions pas grève, les cours étaient assurés et obligatoires. Pas comme au Lycée Hélène Boucher ou au Lycée Charlemagne où ça défilait chaque jour. Alors un
jour, j'ai décidé de ne pas aller en classe et de rester à la maison pour montrer que j'étais solidaire. Je suis restée à la maison, mais je ne suis pas partie défilée, trop timide pour me
joindre aux lycéens que je ne connaissais pas.
Il y eut un jour aussi, où en histoire, j'ai du faire un exposé ; avec fièvre, je l'ai préparé ; le sujet je ne m'en rappelle plus avec exactitude mais j'avais pris l'humanité dimanche pour faire
quelque chose sur mai 1968. Mon ton était passionné et emporté devant ma classe. Mais je crois que mon auditoire était peu intéressé sauf mon professeur de français/histoire je crois bien.
A cette époque, c'était Danielle, capitaine de majorettes qui remportait les suffrages de popularité et elle préférait c'est sur faire tourner son bâton que parler politique.
1968, on croyait fort au départ du Général de Gaulle et à son remplacement par un socialiste voire par un communiste.
1968 ce fut la fin des tabliers obligatoires, le début d'autorisation à mettre des pantalons en classe , les religieuses qui bientôt ne porteront plus de voile et se feront des permanentes, le
début de la mixité dans l'établissement aussi.
Et pour vous, qui avez connu cette année, quels sont les souvenirs qui remontent ? merci pour ceux qui voudront les partager.